Le Théâtre brûlé – Cambodge – 2005/2007

November 1st, 2011

Emblème de la culture cambodgienne avant le cruel régime khmer rouge, le théâtre Preah Suramarith a été vendu. Au grand désarroi des artistes qui considéraient l’endroit comme leur « maison ».

 

 Photo : des instruments traditionnels khmers ont été posés au premier étage du théâtre Preah Suramarith.

Janvier 1979. L’armée Vietnamienne pénètre au Cambodge et libère le pays du joug impitoyable de Pol Pot qui aura duré presque 4 ans. Après avoir été évacuée des villes et déplacée dans des camps de travail, la population peut enfin prendre le chemin du retour.

Des corps rendus maigres par la faim et la fatigue, des  esprits à jamais marqués par la violence, la torture et la peur, marchent lentement à travers les routes du pays. Ils n’ont rien à porter puisqu’ils ont tout perdu. Vêtus de l’uniforme noir imposé par les Khmers Rouges, ils sont des fantômes perdus dans leur propre pays.

 

 Photo : à l’intérieur du théâtre Preah Suramarith, de jeunes danseuses répètent les danses classiques apprises à travers l’apprentissage enseigné par les artistes survivants du régime Khmer Rouge.

Parmi eux, les artistes. Ils étaient 3000 avant que Pol Pot ne prenne le pouvoir. Ils ne sont plus qu’une centaine à marcher vers Phnom Penh. Un par un, ils parviennent jusqu’à la capitale du Cambodge, vidée de ses habitants en 1975. Leur premier réflexe est de se rendre au théâtre Preah Suramarith. Construit en 1966, ce bâtiment, en forme de bateau, représentait l’importance de l’art khmer dans la société cambodgienne, insufflé par le roi Sihanouk. Les artistes réalisent vite que beaucoup d’entre eux ne feront jamais le chemin du retour. Alors, après des années de camps de travail, les corps vont lentement se remettre aux arabesques des danses khmères. Ils vont chanter de nouveau, après des années de silence imposé. Ils vont jouer des instruments traditionnels, après des années d’hymnes patriotiques.

 

 Photo :  Hoeng Leng fabrique des marionnettes en cuir de vache qui seront utilisées pour le théâtre d’ombre. Il est l’un des artistes à avoir élu domicile dans le théâtre Preah Suramarith.

Le théâtre Preah Suramarith devient « leur maison » et certains, n’ayant nulle par ou aller, y vivent. Malgré un incendie en 1994 (le bâtiment sera par la suite souvent appelé le théâtre brûlé ») et les murs et les plafond délabrés, les artistes continuent de venir chaque jour pour répéter et former la nouvelle génération.

 

 Photo :  Thyda Nop, une artiste cambodgienne, erre dans le théâtre Preah Suramarith la veille de la destruction du bâtiment.

En 2000, le gouvernement estima que la rénovation du lieu coûterait trop cher et décida de louer le terrain à une société privée, le Royal Group.  Le 6 décembre   2007, les artistes doivent definitivement quitter les lieux afin que la destruction du batiment commence. La veille, Ieng Sithul, président de l’association des artistes du Cambodge, et Thyda Nop, une ancienne danseuse, erraient dans le théâtre, essayant de sauver quelques souvenirs. « Nous n’avons maintenant plus de larmes à pleurer », laissa tomber Thyda Nop, une profonde tristesse sur le visage

 

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