Attaque à l’acide – Pakistan – 2009

November 2nd, 2011

« Un jour, alors que j’étais au marché, j’ai entendu des rires dans mon dos. Je sais que mon visage ne changera jamais, mais je veux essayer de vivre comme avant ». Sameira* parle gravement entre deux sourires. Elle fut attaquée deux fois. Deux fois un homme a jeté de l’acide sur elle, simplement parce qu’elle a répondu non à une demande illicite de relation sexuelle.

(* : les noms des victimes ont été changés.)

Reportage réalisé avec l’entière collaboration de Acid Survivors Foundation Pakistan et Acid Survivors Trust International à Londres

 

Photo :  Sameira (avec le voile jaune) s’apprête à prendre le bus avec 11 autres victimes d’attaques à l’acide. Ils se rendent à Islamabad, au centre de Acid Survivors Foundation Pakistan (ASFP), où des chirurgiens venus du Royaume Unis les examineront. Région de Muzzafar Garh, Pakistan, 2009.

D’autres raisons poussent à  ce genre d’agression au Pakistan : dispute sur la propriété d’une terre, jalousie d’un mari, d’une femme, un soupirant rejeté… Un honneur est alors blessé et poussé à l’horreur : lancer sur un corps, un visage, le corrosive liquide afin de laver l’insulte, de restaurer l’honneur.

Photo :  Le père de Zainab montre une photo de sa fille avant l’attaque dont elle fut la victime. Région de Muzzafar Garh, Pakistan, 2009.

L’acide est une arme terrifiante. Il dévaste ce qu’il touche. Quand il vient au contact de la peau, celle-ci fond comme du plastique sous la flemme d’un briquet. L’acide pénètre, parfois jusqu’à l’os. Les visages sont détruits à jamais, les corps mutilés pour toujours. La souffrance est instantanée, d’une violence sans mot et sans fin : après les souffrances physiques, les souffrances psychologiques viennent hanter la vie des survivants. Les dépressions sont fréquentes parmi les victimes qui sont souvent rejetées non seulement par la société mais parfois par leurs propres familles.

Photo :  Amar se fait masser afin de relâcher la tension des cicatrices causée par l’acide. Centre de ASFP, Islamabad, Pakistan, 2009.

Au Pakistan, des centaines d’hommes et de femmes ont vu leur destin basculer dans l’horreur en quelques secondes. Des enfants aussi. Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) impliquent la  misère, l’analphabétisme et une mauvaise interprétation de l’Islam qui maintient les femmes à un niveau inférieur aux hommes. Les agresseurs pensent que la douleur endurée par leurs victimes est méritée. Pour les mêmes raisons, la police enquête rarement et un pot de vin aide à fermer les yeux sur une agression toujours considérée comme « violence domestique ».  Les plaintes sont aussi peu nombreuses et la raison principale est la peur de la victime. Peur d’être attaquée de nouveau. Peur de se présenter aux yeux de tous. Le simple fait de sortir  est une souffrance, comme le sont les murmures chuchoter dans dos. Alors se présenter à la barre d’un tribunal est un pas que très peu franchissent.

Photo : Jetoi, au centre, travaille sur le terrain pour ASFP. Le contact avec les villageois est primordial afin de faire évoluer les mentalités. Région de Muzzafar Garh, Pakistan, 2009.

In 2008, Human Right Commission (HRC) à Islamabad, la capitale du Pakistan, a créé une section Acid Burn Unit. Saira Anjari, coordinatrice au HRC, expliquait que les journalistes et les gens travaillant sur le terrain ont été les premiers à alerter sur ces crimes. Mais les chiffres sont peu précis d’après Saira Anjari et ne reflètent « que le sommet de l’iceberg ». Une affirmation effrayante qui signifie que dans la campagne pakistanaise, des hommes et des femmes, apeurés et seuls, se terrent dans  l’obscurité de leur maison.

Photo : Naieema avec sa fille dans la région de Muzzafar Garh, Pakistan, 2009

Afin de visualiser les 36 images, cliquer ici.

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