Barrage sur le Mékong – Les 11 barrages et la demande en électricité – 9 avril 2011

November 4th, 2011

2 ème article du reportage « Barrage sur le Mékong »  publiée le 9 avril 2011 :

Avec une croissance économique annuelle de 8%, la demande en énergie des pays du Bas Mékong est en constante hausse.  Fort de sa capacité hydroélectrique, le Laos clame sa volonté de devenir « la batterie de l’Asie du sud est».

 

Photo : la foule et les lumières durant la fête du Têt à Saigon, Vietnam, en février 2010.

En 2030, le Laos pourrait produire 28000 GWh/an d’électricité à l’exportation. Selon les estimations du rapport SEA*, le pays vendrait 90% de sa production à la Thaïlande et au Vietnam. Les revenus pour l’économie nationale laotienne pourraient alors atteindre 2,6 milliards de dollars par an. Une éventualité alléchante pour un pays dont presque 70% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Le gouvernement laotien a déjà promis des routes, des écoles, des centres de santé, et… De l’électricité.

*Si non-indiquées, les sources de cet article proviennent du rapport Strategic Environmental Assessment (SEA). Cette étude de 18 mois, initiée par la Mekong River Commission (MRC)**, fut publiée en octobre 2010.

**La MRC est un organisme régional créé afin de faciliter la gestion et le développement du fleuve Mékong entre le Laos, la Thaïlande, Le Cambodge et le Vietnam. Depuis le “Mekong Agreement”, signé en 1995, les gouvernements composant la MRC sont tenus d’examiner et de trouver un accord sur chaque projet qui affecte le courant principal du fleuve. Les membres de la MRC sont aussi tenus de consulter la société civile et les autres groupes concernés par le projet.

 

Photo :  vu du Mékong sur le vol Luang Prabang-Ventiane. Dans le fond, la région montagneuse du nord Laos. 2010.

Neuf barrages hydroélectriques sont prévus sur la partie laotienne du Mékong et deux autres du côté cambodgien. Onze constructions qui, si elle parviennent à terme, apporteront 25 milliards de dollars d’investissements étrangers. Un boom économique certains et une part de la demande en énergie comblée : « actuellement, la demande nationale d’électricité dépend presque entièrement des combustibles fossiles importés et le Cambodge a un éventail d’alternatives très limité pour satisfaire sa demande d’énergie nationale », pointe le rapport SEA. La consommation domestique d’électricité par habitant au Cambodge est de 29kWh/an*. En guise de comparaison, elle est de  1500kWh/an en Europe.

*Source : rapport de Asian Development Bank, “Building a sustainable energy future” (2009)

 

Photo :  un homme décharge un bateau à Pak Beng, au Laos. Un barrage est prévu sur cette partie du fleuve. 2010.

L’éventualité de plusieurs dizaines de milliards d’investissements est réjouissante pour les économistes et businessmen, elle l’est un peu moins pour les défenseurs des droites de l’homme. En effet, le Laos et le Cambodge ne sont pas connus pour leur fermeté envers la corruption. Transparency International classe les deux pays parmi les 25  plus corrompus de la planète. Le premier barrage prévu sur le Mékong, le Xayaburi, est déjà objet de controverse au vu de son prix exorbitant : 3,5 milliards de dollars. Ame Trandem, Directrice des Programmes pour l’ONG International Rivers, commente prudemment : « ce barrage est très cher compare au coût moyen. Néanmoins, les raisons de ce coût ne sont pas clair. »

Photo :  à Phnom Penh, des pêcheurs s’activent devant les grues de construction du futur hotel Sokha. 5 étoiles, 16 étages, 800 chambres pour un coût de 100 millions de dollars. 2010.

Au milieu de ces nombres à multiple zéro, un chiffre attire l’attention par sa petite taille : 8%. L’électricité produite par les 11 barrages représenterait 8% de la demande en énergie prévue pour la Thaïlande, le Vietnam, Le Cambodge et le Laos en 2025.

C’est une estimation qui semble ne pas peser lourd face aux 60 millions de personnes qui vivent le long du Mékong et dont la sécurité alimentaire dépende du fleuve. Mais les dirigeants Laotiens ne considèrent sans doute pas l’histoire sous cet angle. Pour eux, les barrages sont le moyen de sortir le pays de la liste des pays les moins avancés publiée par les Nations Unis. Ont-ils tord ?

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Photo :  les doigts puissants d’une femme comptent l’argent de la vente de poissons au marché de Kampong Chhnang, au Cambodge. 2011.

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