Barrage sur le Mékong – Mékong, un fleuve en danger – 14 avril 2011

November 4th, 2011

3ème article du reportage « Barrage sur le Mékong » publié le 14 avril  2011.

La construction de grands barrages sur le Mékong bouleverserait un cycle naturel dont les impacts sur la pêche et l’agriculture ne sont pas à prendre à la légère.

 

Photo : à Kompong Chhnang, une ville le long du Tonle Sap. Deux jeunes garçons font leurs armes en cette période de haute saison de la pêche. 2011.

“Une rivière sauvage est dynamique […] Un barrage est monumentalement statique” décrit Patrick Mc Cully, dans son livre “Silenced Rivers”, devenu un classique sur l’étude des barrages. Un fleuve coule. Il paresse ou dévale, il s’assèche ou déborde. Il transporte les sédiments et nutriments qui nourriront la terre. Les poissons migrateurs s’y déplacent, s’y nourrissent, y pondent. Une espèce peut louvoyer dans le Delta, au Vietnam, et remonter au lac Sap, au Cambodge, pour frayer. D’autres voyagent jusqu’au Laos pour retrouver chaque année le même site de ponte. Un fleuve, c’est le mouvement. Un barrage en est donc l’antithèse. Un barrage immobilise. Il bloque. Les sédiments finissent dans la vase au pied du barrage et les poissons s’épuisent à la recherche d’un autre passage. Un barrage peut réguler l’eau qui s’écoule mais il dérègle aussi le cycle, phénomène essentiel à la santé d’un fleuve.

 

 Photo :  aux chutes de Khones, le tumultueux Mékong dévale les rapides. Un tiers des espèces de poissons du Mékong est migratoires. Laos, 2010.

“La réserve en poisson [du Mékong] est cruciale pour la sécurité alimentaire dans le bassin, particulièrement au Cambodge », rappelle le rapport SEA*. Si les onze barrages sont construit sur le Mekong, 55% du fleuve entre Chiang Saen (Thailande) et Kratie (Cambodge) serait convertit en reservoir. Un changement radical qui deboucherait sur une chute de la peche de 2,1 millions de tonnes/an  à 1,3 millions de tonnes/an (estimation de SEA).

*Strategic Environmental Assessment (SEA). Cette étude de 18 mois, initiée par la Mekong River Commission (MRC), fut publiée en octobre 2010.

 

Photo :  un samedi matin à Kompong Chhnang, Cambodge. Les enfants d’un village vietnamien préparent les poissons pour la fabrication du Prahok, cette pâte indispensable à la cuisine cambodgienne. 2010.

Chaque année, en novembre, lors de l’annuelle Fête des eaux, les habitants de Phnom Penh célèbrent un évènement unique au monde. En effet, le long de la capitale cambodgienne, le puissant fleuve Mékong, gonflé par la fonte des neiges et les pluies de mousson, va repousser en sens inverse le courant du fleuve Sap et inonder le lac du même nom, au nord. Les terres et les forêts immergées deviennent le site de ponte le plus prolifique au monde : 419 000 tonnes de poissons par an sont péchées (source : Food and Agriculture Organisation), soit 4,5% des pêches mondiales en eau douce. Ramené au Cambodgien, c’est 25kg de poisson par personne et par an (la moyenne mondiale est de 1,5kg).

Les grands barrages réguleraient le flot du Mékong et pourraient mettre fin à ce phénomène. Cette diminution de la puissance naturelle du Mékong aurait sans doute aussi un impact dans le delta, au Vietnam.

 

Photo : la Fête des Eaux au Cambodge réunit chaque année des pirogues de courses venues des pays du bas Mékong qui concourent sur le fleuve Sap, en face Phnom Penh. 2010.

Le Vietnam est le deuxième exportateur de riz au monde derrière la Thaïlande. Le gouvernement envisage une production de 20 à 21 millions de tonnes pour la seule région du delta du Mékong. Mais les producteurs et les fermiers s’inquiètent : la mer pénètre de plus en plus profondément dans les terres. La salinité de l’eau augmente et les rizières souffrent.
Le flot du Mékong contient cette invasion et une diminution de sa puissance pourrait accélérer la pénétration du sel dans le delta. De même, les sédiments et les nutriments normalement transporter par le fleuve jusqu’au Delta viendraient mourir au pied des barrages. La richesse du sol en pâtirait et la productivité du grenier à riz du Vietnam pourrait être remise en cause.

 

Photo :  Tran Van Guong, pêcheur vietnamien dans le delta du Mékong, récolte aussi le riz afin d’arrondir ses fins de mois. 2010.

Les principaux intéressés, les pêcheurs et agriculteurs du Mékong, sont inquiets. Au-delà des impacts environnementaux, la menace des déplacements de population plane sur les projets de barrages. Bien entendu, les gouvernements promettent de compenser les villageois financièrement et de les reloger.  Des promesses qui n’atténue pas l’inquiétude de Houdon, pêcheur laotien vivant en Thaïlande : « Nous ne contrôlons rien et nous sommes inquiets pour notre future. Nous sommes inquiets qu’ils [les constructeurs de barrages] essayent de nous rouler avec de l’argent. Mais l’argent ne dure pas. Et l’électricité ne se mange pas. Seule la pêche peut soutenir notre vie pour nous et nos enfants ».

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Photo :  Le long du Mékong en Thaïlande, à Chiang khong, un homme relève son filet. 2010.

 

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