Barrage sur le Mékong – le Laos suit le mauvais exemple de la Chine – 14 août 2011

November 8th, 2011

Reportage « barrage sur le Mékong – Mise à jour le 14 août 2011

Le Laos continue les travaux sur le site de construction du barrage Xayaburi malgré l’accord passé avec ces pays voisins de suspendre toute activité jusqu’à la décision finale prévue en novembre. En ignorant les inquiétudes des pays du Mékong et les probables impacts du barrage, le Laos semblent agir avec l’arrogance de la Chine.

 

Photo : un pêcheur prépare sa ligne qui doit résister au fort courant qui sévit dans les chutes de Khones, au sud du Laos. 2010.

Après le reportage publié par le Bangkok Post le 17 avril, décrivant les travaux en place sur le site du Xayaburi, les diplomates Vietnamiens, cambodgiens et thaïlandais ont demandé des comptes au gouvernement du Laos. Celui-ci n’a toujours pas daigné répondre.  Le 4 août, l’ONG International Rivers confirmait les inquiétudes : « une visite sur le terrain a révélé  que la construction de la route menant au site du barrage et l’installation d’un camps avançaient rapidement ». Quelques jours auparavant, IRIN, bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, tirait déjà la sonnette d’alarme : « En juin, un officiel laotien est venu à Pakmon (un village de 150 familles situé à 30km en amont du site prévu pour le barrage Xayaburi) et a déclaré aux familles qui vivaient sous les 275m (la hauteur de l’eau prévue dans le réservoir) qu’elles seraient relogées ».

Photo : aux chutes de Khones, les 5000 îles ont un petit de paradis.

Le Laos ne semble pas respecter les règles morales érigées lors de l’accord signé en 1995 avec les pays membres de la Mekong River Commission. Pourquoi tant d’arrogance ? Il se pourrait que la Chine est une part de responsabilité. En effet, en tant que leader économique de la région, la Chine devrait montrer l’exemple. En guise d’exemple, la Chine a construit, est en train de construire et va construire des barrages sur le Mékong sans aucune consultation avec les pays en aval.  Les responsables chinois publient les données sur les barrages au compte-goutte et les scientifiques, les ONG et les membres des gouvernements de la Thaïlande, du Cambodge et du Vietnam se plaignent du manque d’informations partagées. L’entreprise publique chinoise China Power Investment Corporation ne prend même pas en compte ces propres études environnementales.  Malgré que l’une de ces études appelait à la suspension du barrage Myistone en Birmanie, la Chine a décidé d’approuver le barrage.

Le Laos ne fait que suivre le maître des lieux.

 

Photo : des touristes immortalisent le couché du soleil aux chutes de Khones, sud du laos. 2010.

Que peut-il se passer si le Laos continue de forcer le passage ? Le 15 juillet, à Siem Reap au Cambodge, des experts se sont réunis pour deux jours de conférence organisées par le Council for Security Cooperation in the Asia Pacific (CSCAP), afin d’aborder les problèmes éventuels liés à des projets comme le barrage Xayaburi et autres conflits sur l’eau. Voa News a interviewé le représentant chinois de CSCAP, Shichun Zhou, le 18 juillet, à propos des barrages chinois sur le Mékong : « Les barrages chinois sont des options stratégiques ». Venant de quelqu’un supposé évaluer les risques de conflits, monsieur Shichun Zhou semble peu enclin à prendre en compte la responsabilité chinoise.

Chheang Vannarith, directeur  de l’institut cambodgien pour la coopération et la paix (Cambodia Institute for Cooperation and Peace), et membre de CSCAP, s’inquiétait dans le même article : « nous sommes fortement concernés par la possibilité de conflits, ou même de guerre, autour de la gestion de l’eau. »

 

Photo : sous le regard de son enfant, une femme prépare le poisson. Fleuve Sap, Cambodge, 2010

Le courant du Mékong inquiète aussi la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, qui est intervenue lors d’un forum sur la sécurité organisé à Bali : « je conseille vivement à chacun de réfléchir avant de considérer la construction de nouveaux barrages jusqu’à ce que nous soyons capable d’effectuer une meilleure estimation des probables conséquences. » Ce ricochet américain lancé sur les « eaux troubles » du Mékong n’aura que peu d’effet, selon des experts. Philip Hirsh, directeur du centre Australian Mekong Resource à l’université de Sidney, répondait au site vietnamien Than Nien Daily : « Les Etats-unis sont de plus en plus engagés [dans la région], mais ils n’ont pas été un acteur majeur depuis un certain temps.  Il n’y a aucune raison de croire que ce regain d’intérêt retourne la situation. » Même echos de la part de Milton Osborne, analyste de l’Asie du sud-est à l’institut Lowy, qui répondait à Voa News le 2 août : « L’influence croissante de la Chine dans le domaine économique est clairement un soucis pour les Etats Unis. L’initiative à propos du Mékong est une manière, parmi d’autres, de clamer son intérêt pour cette partie du monde. Mais l’argent de l’aide donné  à la region ($ 221 millions) est insuffisant pour que les officiels américains aient une quelconque influence sur les négociations à propos du développement du Mékong. »

 

Photo : à Chiang Saen, en Thaïlande, des ouvriers chargent les cales d’un bateau chinois. 2010.

« Nous sommes dans des eaux troubles », concluait Ian Baird, un expert du Laos, dans le rapport de IRIN. Une déclaration inquiétante pour 60 millions de personnes, principalement pauvres, qui vivent le long du fleuve. Quel sont leur future ? « Etant donné les annales laotiennes entachées par une pauvre organisation lors des déplacements de population et des compensations injustes, les communautés qui seront forcées de s’installer ailleurs à cause du barrage risquent de beaucoup souffrir », a déclaré Ame Trandem, directrice des programmes à International Rivers, à IRIN.

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