Madagascar, une situation alarmante

February 6th, 2013

          Si Madagascar évite encore aujourd’hui la crise humanitaire, il le doit à son peuple. Le gouvernement n’y est pour rien. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces anonymes portent le fardeau de l’inertie de leurs dirigeants qui avaient tant promis. Depuis le coup d’Etat de 2009, le pays n’a fait que s’engluer dans une crise politique qui pourrait s’achever avec les élections présidentielles prévu le 8 mai 2013. Pendant presque 4 ans, les journaux malgaches ont constaté les dégâts de cette période dite “de transition” : la misère imprègne chaque rue de l’île; les bailleurs de fonds étrangers attendent des jours meilleurs; les écoles se vident; les jeunes filles plongent dans la prostitution; les politiques s’accrochent coûte que coûte à leurs privilèges; la corruption n’a fait que s’étendre; le trafic de bois et de pierres précieuses s’intensifie; la forêt brûle; les plantes et faunes endémiques disparaissent; les scientifiques s’inquiètent. Et la population? Elle s’accroche à la vie, à l’espoir. Elle vend, troque, porte, pousse, tire, commerce, entreprend, plante, récolte, pêche. Elle souffre aussi. Elle survit, par n’importe quel moyen. Jusqu’à quand?

NOTE : à la suite de son conclave avec les représentants de l’ONU, la Commission électorale nationale indépendante de transition a annoncé le 5 février que le premier tour de l’élection présidentielle était reporté au 24 juillet (deuxième tour éventuel au 25 septembre).

A l’intérieur d’un taxi-brousse entre Sonierana-Ivongo et Tamatave, sur la côte est de Madagascar. (Photo 2012)

          Le seuil  de pauvreté à Madagascar est estimé à 468 800 Ariary (environ 180 euros) par an et par personne : 0,493 euros par jour. 76,5% de la population vit sous ce seuil. Les progrès enregistré entre 2005 et 2009 n’ont pas survécu à la crise politique qui a suivi le coup d’Etat de 2009.

Sur la route national 7 entre le parc national de l’Isalo et Tuléar, une enfant vend du maïs. Madagascar. (Photo 2012)

          D’après les chiffres du Ministère de l’éducation nationale, le nombre d’enfants entre 6 et 10 ans en dehors du système scolaire a augmenté de 53% entre l’année scolaire 2008/2009 et l’années scolaire 2009/2010. Depuis le début de la crise, plus de 900 000 enfants ont été déscolarisés. Ces enfants abandonnent l’école souvent à cause des difficultés financières de leur parents et sont envoyés au travail afin d’aider la famille à survivre.

Devant l’église à Antsirabe, à Madagascar, un mendiant attend patiemment l’aumône. (Photo 2012)

          Les sanctions économiques imposées à Madagascar après le coup d’Etat de 2009 ont eu pour conséquences une baisse de 400 millions de dollars (306 millions d’euros) de l’aide internationale. L’augmentation de l’aide humanitaire à travers les ONG a alors augmenté de 40% entre 2008 et 2011. Pourtant, d’après un rapport de la banque mondiale de mars 2011, aucun des indicateurs sociaux ne montrent d’amélioration. Le travail de ces ONG pansent quelques plaies mais ne peut ni soigner ni préparer l’avenir.

Les traces du passage d’un cyclone dans le village de Manompana sur la côte est de Madagascar. (2012)

46 désastres naturels ont été enregistrés en 35 ans : cyclones, sécheresses, inondations, suivis de famines et d’épidémies Cette vulnérabilité aux catastrophes fragilise la survie de chaque famille. Elles reconstruisent en espérant que l’année suivante sera clémente. Madagascar figure parmi les trois pays les plus précaire face aux changements climatiques, avec l’Inde et le Bangladesh.

 

Un homme ramène du bois de chauffe dans sa maison située dans la péninsule de Lokara, près de Fort Dauphin, dans le grand sud de Madagascar. (Photo 2012)

          Semi aride, isolée et sans voie de communication cette région situé entre Fort Dauphin, sur la côte est, et Tuléar, sur la côte ouest, est la plus durement touchée. L’extrême pauvreté y est fréquente et la survie dépend de la pluie. En 2010, après deux années de pluviométrie insuffisante, 720000 personnes étaient menacées de famine.

Maro doit plonger de plus en plus profond afin de trouver du poisson. Côte est de Madagascar. (2012)

          Avec 5603 kilomètres de côte, l’importance de la pêche pour la survie des population est évidente. Mais les pêcheurs le remarquent, amers : le poisson n’est plus là. Maro (photo) doit plonger de plus en plus profond pour chasser. Une baisse que la seule pêche artisanale, effectuée avec des petits filets, des harpons et des palmes cassées, ne peut expliquer. Madagascar a signé des accords de pêche avec l’union européenne et des sociétés asiatiques mais le manque de données fiables est inquiétante. Dans une des zones de pêche thonière la plus importante au monde, la transparence est essentielle afin que les pêcheurs locaux puissent constater que leur droit à l’alimentation n’est pas spolier afin de satisfaire les palais européens et asiatiques.

Vue intérieur d’un supermarché qui appartenait à l’ancien Président de Madagascar, Marc Ravalomanana, et qui fut détruit lors du coup d’Etat de 2009. (Photo 2012)

       Les derniers participants à un meeting en faveur de Marc Ravalomanana quittent le supermarché qui appartenait à l’ancien Président et qui fût détruit lors du coup d’Etat de 2009. Le conflit entre Marc Ravalomanana (en exil en Afrique du sud) et Andry Rajoelina (l’actuel auto-proclamé Président) a bloqué ces quatre années de transition pendant lesquelles le pays s’est enfoncé vers l’abîme. Sous la pression de la communauté africaine et internationale, les deux hommes forts de la politique malgache ont renoncé à se présenter aux prochaines élections, au nom “de la paix sociale”.  Après deux dates repoussées en 2012, les élections prévues pour le 8 mai 2013 (et le 3 juillet si second tour il y a)  doivent aboutir à un nouveau gouvernement près à se retrousser les manches : la tâche est titanesque.

JL

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