Ceux que nous n’écoutons pas, “La femme bien sur”, Manompana, Madagascar (09)

November 14th, 2013

Les femmes sont importantes, les pêcheurs le disent. Pour s’occuper de la maison, pour tresser des sacs ou des tapis de sol avec du roseau ou des pandanus, pour cuire le riz ou le planter. Macho le pêcheur ? Pas du tout. En brousse, l’être humain est utilisé aux meilleurs de ses capacités pour la survie du groupe. Son rôle sera défini selon sa résistance, ses aptitudes. Alors l’homme, lui, il pêche, ramasse le bois de chauffe, retourne la terre à mains nues, construit la maison et l’entretien.La femme, elle, pêche au bord de l’eau, jamais en pleine mer, encore moins en apnée, effrayée par l’océan et le Lolo, l’esprit des fonds marins. Elle récolte des plantes pour tresser, repique le riz, prépare le poisson, va aux puits chercher l’eau avec un sceau et s’occupe des enfants. Ces activités se font naturellement. Elles connaissent l’importance du rôle de chacun.  Elles rient de bon cœur, boivent ensemble, chantent ensemble, dansent à la première occasion, engueulent leur mari quand elles le jugent nécessaire et participent aux décisions de la famille. Souvent elles tiennent les finances.

Elles sont dignes aussi. A l’image de Kakmamossa, doyennne du village avec plus de 80 années de brousse. Elle a quitté son mari voilà longtemps, n’a pas d’enfant et « vie sa vie » comme elle l’entend. Libre, oui, malgré la difficulté de la vie : « si tu ne veux pas mendier, il faut agir. Pour ta dignité aussi. »

Note : entre Octobre et Décembre 2014, la sociologiste qui a dirigé ce projet avec les pêcheurs de Manompana espère reconduire une nouvelle recherche avec les femmes.

(Une introduction à la série “Ceux que nous n’écoutons pas” est à lire ICI)

 

Photo de DIESS :

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Diess a pris une photo des femmes pendant qu’elles pilonnent le Penza (roseau) afin de l’assouplir.

Commentaire de DIESS : « Cette photo, je l’ai prise pour exprimer l’importance d’avoir une femme. Ce sont elles qui font la tresse et assurent tous les besoins du foyer. La jeune fille que l’on voit sur la photo (à gauche) est en phase d’apprentissage. Elle regarde, on lui apprend. Si un jour elle veut se marier elle en aura besoin. La tresse, c’est vraiment la plus grande occupation d’une femme. Et puis quand le riz monte, elle s’occupe de tout à la maison. Le travail de l’homme, c’est d’aller chercher du Kitainy (bois de chauffe), ravitailler la maison, chercher de l’argent, plonger pendant que les femmes doivent assurer le travail du foyer.”

Remarque : Diess parle aussi de sa femme dans le post 03, « Velon-Tena, le corps en vie ».

 

Photo de SERA :

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La photo de Sera montre sa femme, Bertine (à droite) en train de tresser une natte.

Commentaire de SERA : « C’est très important d’avoir une partenaire dans la vie. Ce que la femme peut faire, la famille ne le peut pas (1). Si je suis malade, c’est la femme qui s’occupe de moi. Elle prépare le met, m’emmène au dispensaire, s’occupe de la maison. Ce sont aussi elles qui tressent quand le riz monte. Elles prennent le Penja (roseau) dans le marécage, elles le pilent, le sèchent, le vannent (pour en faire un sac) jusqu’à ce qu’elles le mettent sur la tête (pour transporter le riz). C’est pour tout cela que l’on a vraiment besoin des femmes. »

(1) C’est un proverbe malgache.

 

Photo de ZAFIMARO :

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Commentaire de ZAFIMARO : « Cette photo, c’est ma femme qui m’a demandé de la prendre. J’ai accepté parce que cela concerne la difficulté de notre vie. Elle m’a dit : « prend moi en photo quand je tresse le panier parce que je dois le faire la nuit». La journée elle va aux champs, elle récolte le manioc (1) et quand elle revient elle s’occupe de la maison. C’est donc la nuit qu’elle a un peu de temps pour faire le tressage.  Là, elle fait un panier que l’on utilisera pour récolter le riz. Elle utilise du pandanus qu’elle va chercher côté plage. En 5 heures, elle peut faire 2 sacs. Elle a tressé 10 sacs cette année, c’était suffisant pour la récolte (2). »

(1) : Sophie, la femme de Zafimaro, pratique le Valintanana. Elle va travailler aux champs en tant que journalière et est payée en manioc ou riz.

(2) : Zafimaro et Sophie ont récolté 20 sacs de riz cette année.

 

Narasson n’est pas marié mais a évoqué le rôle que peut avoir une femme dans le post « Velon-Tena, le corps en vie ». Quand à Ida, il n’a pas évoqué sa femme durant les interviews.

Fin de la série “Ceux que nous n’écoutons pas”.

 

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