Baleines à bosses – Madagascar – Cetamada – Reportage 02 – 2014

January 20th, 2015

Un monde d’hypothèses.

« Le monde des cétacés est un monde d’hypothèses ». Valérie Collin, Vice-Présidente de l’UICN France, secrétaire générale à Noé Conservation et membre fondatrice de CetaMada, décrit ainsi l’état de la recherche sur les mammifères marins et la baleine à bosses en particulier. Les scientifiques émettent de nouvelles hypothèses qui suscitent de nouvelles questions qui suscitent de nouvelles hypothèses. « L’effet ricochet », dit elle.

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Photo : Anjara Saloma, biologiste et leader des programmes scientifiques de CetaMada, s’apprête à poser une acousonde sur un baleineau.

Bien sur, l’anatomie de la bête est connue grâce aux dissections effectuées sur des baleines échouées ou pêchées. C’est son comportement qui pose question. Pourquoi la baleine à bosses sautent-elles ? Pourquoi chantent-elles ? A quoi servent les vocalises entre mère et baleineau ? Pourquoi frappent-elles la surface de leurs longues nageoires pectorales ? Intimidation ? Hypothèse. Communication ? Hypothèse. Même l’évidence est difficile à prouver : « le canal de Sainte Marie* est une zone où elles sont censées se reproduire mais nous n’avons jamais vu d’accouplement et nous n’avons pas vu une seule naissance en vingt ans alors que l’effort d’observation a augmenté d’une manière exponentielle », constate Valérie Collin.

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Photo : Le bateau “Research” de CetaMada navigue le long des baleines avant d’effectuer une approche en douceur pour ne pas les effrayer.

Mais au fait, que voit le scientifique ? Lorsqu’il est sur le terrain, il est à bord d’un bateau. La houle, la pluie, le vent. Parfois la chance avec une mer d’huile. Et puis l’attente. Il faut être vigilant. Le chercheur pourra apercevoir la baleine seulement à l’instant où elle remonte respirer. Il scrute l’horizon à la recherche du souffle, cette gerbe d’eau expulsé par les évents de l’animal. Ensuite, il faut s’approcher, doucement, le bruit du moteur dérange le mammifère marin. Alors la baleine remonte, le souffle à nouveau, puis l’aileron dorsal. Mais déjà, la baleine replonge. Quelques secondes d’observation avant qu’elle ne disparaisse dans le grand bleu. Etudier la baleine à bosses, c’est comme étudier les éléphants du fond d’une marre. Vous apercevez l’animal uniquement lorsqu’il vient tremper sa trompe pour s’abreuver. Le reste du temps, vous n’avez aucune idée de son comportement. « Nous connaissons des cétacés uniquement ce qui se passe entre 0 et 3 mètres  de fond », reconnaît Valérie Collin avec le sourire, sans aucun doute heureuse de savoir qu’il y a encore beaucoup à apprendre de ces animaux gigantesques.

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Photo : une partie de l’équipe scientifique de CetaMada vérifie qu’il ne manque rien à bord avant de prendre la mer.

Alors les scientifiques ne manquent pas d’idée. Génétique, hydrophones sous-marins, balise Argos, etc. Malgré les moyens financiers dérisoires alloués à la recherche, ils s’organisent. Ils réfléchissent, bricolent, tentent afin de transformer des hypothèses en affirmations. Parfois des résultats. Parfois des échecs. La patience est une vertu scientifique.

* Le canal de Sainte Marie est situé sur la côte est de Madagascar, le long de l’île Sainte Marie.

Reportage précédent : le sac laryngé /

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